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vendredi 22 novembre 2019

La route du Bagne. 12
- Une Harley en Guyane Française-

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(...) Quelques cases plantées ça et là me font encore croîre que l'humanité est encore présente dans de telles contrées.
Je décide d'emprunter les vestiges de la route coloniale numéro 1 rebaptisée on ne sait pourquoi "Guatemala". Une vingtaine de kilomètres de l'ancienne artère a été préservée pour desservir quelques plantations.
Je découvre une petite route au macadam refait de neuf dont les rayons de soleil ont du mal a traverser la canopée. Ce chemin est un vrai calvaire pour ma colonne vertébrale. Le Softail, passés les 40 km/h, sursaute tel un cabris ayant pris de l'EPO. Je soulage mon dos et la bête en me mettant debout sur les marchepieds… réflexe d'enduriste! Je peux alors admirer de mon promontoire la végétation luxuriante et quelques vieilles demeures créoles fantomatiques qui ne dépareraient pas dans une nouvelle de Stephen King. Le terminus de la route est le ponton du bac désaffecté traversant la rivière Kourou. Marche arrière toute et prenons le moyen de communication moderne, en l'occurrence le pont enjambant le fleuve.

Un chapelet de trois massifs matérialise Kourou, la ville spatiale. C'est ici que nous découvrons les plus "beaux " vestiges du bagne : Ce sont les îles du Salut et la tour Dreyfus.
Après Kourou, la nationale s'enfonce dans la forêt profonde. C'est une déviation récente du Centre Spatial Guyanais (CSG) afin de satisfaire au besoin de la navette Hermès abandonnée avec la fin de la guerre froide. C'est un pur produit des techniques de construction de la transamazonienne. Une saignée, latérite oblige, large d'une centaine de mètres de part et d'autre sépare mon univers bitumeux de la forêt vierge. C'est la rivière de Diamant tant sont brillantes les particules de micas. Il n'y a ni lieu dît ni case ; seuls les fameux PK ou points kilométriques rythment le long ruban. " I'm a poor lonely cow boy ". Le déviation, longue d'environ 70 kilomètres, transperce de petits massifs schisteux qui permettent d'utiliser le couple du V-Twin. Pendant plus de trente kilomètres, je surplombe l'ensemble des installations spatiales. Quand je quitte ce petit " Cap Canaveral à l européenne ", on ne peut s'empêcher de rêver qu'un peu plus loin Daytona et sa Bike Week nous tendent les bras.

harley travel Deux Harley-Davidson (Sporster 883 kité 1200 année 1988 et Fat Boy 1993) ayant appartenues à l'auteur de cet article paru dans le magazine Harley "US Cycle".

Au-delà du centre spatial, la route est calquée sur celle d'Easy Rider, vous savez dans la scène avec Jack Nicholson comme passager. Son tracé est très viroleux. Nous marchons désormais sur les pas des bagnards. C'est la vraie route de la transportation. Elle est ponctuée de deux petits bourgs à l'architecture typiquement créole distants d'une centaine de kilomètre (Sinamarie puis Iracoubo) avant d'atteindre Saint Laurent du Maroni, le Fleuve Maroni qui marque la frontière avec le Surinam. C 'est 180 Kilomètres d'une forêt au vert sombre, menaçante sans âme qui vive si ce n'est une ou deux voitures croisées dans une surprise mutuelle.
Les arbres plongent leurs puissantes racines dans un cloaque mi-boueux mi-aqueux… un vrai bayou. Il ne fait pas bon s'arrêter et partir en goguette dans la forêt. Si vous vous aventurez de quelques mètres dans cette végétation opaque, n'espérez pas retrouver le layon goudronné. Des chuchotements stridents et variés avertissent de l'hostilité de cette nature exubérante. (...)

(...) D'ailleurs, une pose " clope -pipi " sur un de ces très nombreux ponts entièrement métalliques qui surplombent ce pays d'eau et de fleuves, me rappelle que mon esprit ne verse pas dans la paranoïa, ami lecteur !

Machinalement, mon phare est resté allumé. Il est dirigé vers l'abysse glauque de cette crique ( nom créole désignant un petit cour d'eau croupissante). Je profite de ce hasard pour scruter , grâce au cône lumineux la surface de l'eau. Les yeux d'un caïman observe monture et cavalier. La confrontation, heureusement purement visuelle se prolonge ; la harley, ce saurien de l'histoire de la moto, intrigue ce rescapé de la préhistoire… Pas banal comme rencontre! Il finit par s'évanouir. A chacun son royaume. Tant pis pour les tiags et heureusement qu'il n'aime pas le hamburger à la sauce us!

Le Camps de la transportation à St Laurent. A Droite, les cellules. 70 000 prisonniers passeront par le bagne de 1852 à 1953. En moyenne 6000 prisonniers occupaient les différents sites du bagne de Guyane. 80% des déportés n'avaient commis que des petits délits...On l'appelait "la guillotine blanche ou sèche" harley travel
harley davidson A gauche, La "maison" du capitaine Dreyfus sur l'ile du Diable, à 13 km au large de Kourou. En face, vous apercevez l'ile Royale et St Joseph. Les îles du Salut peuvent être comparer à un régime de faveur par rapport aux camps de St laurent du Maroni. Autre bagnard mondialement connu, Henry Charrière alias "papillon"i écrivit en 1966 un best seller porté au cinéma et joué par un certain motard collectionneur d'Indian et de Harley du nom de Steeve McQueen... logique; ne trouvez-vous pas?

C'est un peu pour eux si je suis arrivé à Saint Laurent du Maroni, terme ultime de mon voyage, cheveux au vent. Quel moyen de locomotion (à deux ou à quatre roues) évoque plus la liberté qu'une Harley-Davidson ! Cette moto, qui en d'autres temps, a libéré d'autres camps… de déportation.
Les cellules ont été transformées en appartement par la mairie de Saint Laurent. L'état a classé les infrastructures administratives du bagne espérant attirer le touriste en manque de frissons nauséeux. La barbarie du bagne, la mécanique de la déportation acceptée par la population française jusqu'en 1953 (!), n'est pas prête d'être autopsiée … trop actuelle, trop gênante, embarrassante pour le pays des droits de l'Homme !

harley davidson voyageJ'ai fait à ma façon "mon devoir de mémoire " : Un burn out devant la porte du bagne en échappement… libre bien sur ! J'ai envie que ce geste dérisoire, j'en ai conscience, fissure symboliquement "quelques-uns de ces murs de la honte ". C'est une sorte d'appel à la liberté que seul le V-Twin frappé du " Bar and Shield " peut véhiculer. J'espère que mon ramdam ou bien la fumée acre de la gomme brûlée rejoignent les âmes tourmentées des forçats. Que ce geste leur apportera un peu de réconfort, s'évadant enfin, qui peut savoir, de cette abomination de l'âme humaine au guidon d'un V-Twin fantomatique….. dans un train d'enfer !

C'est sur le run est limité : 260 kilomètres. Des ponts doivent être jetés vers le Brésil et sa capitale du nord, Belém. De là, toutes les aventures seront alors possibles: des plages de Copacabana en passant par les Andes ou plus au sud la Patagonie et le Cap Horn…

Pour 2003, pourquoi pas ne pas rejoindre Milwaukee pour fêter le centenaire de Harley-Davidson, depuis la Guyane, via la trans-amazonienne. J'y pense!

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